Les bons gras qui guérissent
Depuis un demi-siècle environ, en Occident, des liens évidents ont été établis entre lincidence élevée des maladies cardiovasculaires et la consommation de mauvais gras, inhérents à la diète typique des pays nantis. Il en a résulté une phobie des matières grasses de toute nature et aussi une vogue absurde mais payante pour lindustrie alimentaire, celles des aliments et menus allégés. Même si les naturistes ont toujours conseillé déviter les gras saturés en général et surtout les fritures et corps gras hydrogénés (huiles et margarines commerciales), ils ont aussi toujours préconisé la consommation de graines fraîches et dhuiles de première pression à froid, de préférence polyinsaturées.
Plusieurs études scientifiques sérieuses dont celle de lAmerican Food Association dans les années soixante ont prouvé que le régime méditerranéen, constitué de céréales, légumes, poissons, graines et huiles fraîches expliquait la faible incidence de maladies cardiaques chez les habitants du Sud de lEurope. Peu après, lanalyse des données relatives au formidable taux de longévité des Japonais et leur régime alimentaire sobre, riche en fibres, en bons gras et en oligo-éléments marins, ont attiré lattention des nutritionnistes britanniques. Enfin, dans les années 1970 déjà, une recherche menée chez les Inuits du Groenland et relatée dans le British Journal of Medicine, prouve le lien indéniable entre la consommation de gras dorigine marine et la protection cardiovasculaire.
Plusieurs émissions scientifiques, dont Découverte à Radio-Canada, mais aussi les écrits de Barry Sears et David Servan-Schreiber ont confirmé et même louangé, expériences cliniques à lappui, lefficacité des gras omega contre beaucoup de maladies de carences et même de dégénérescence grave (artériosclérose, arthrite, Alzheimer, hyperactivité, psoriasis, sclérose en plaques). Il y a déjà plus dune dizaine dannées, nos sommités naturistes, dont Udo Erasmus, Renée Frappier et Danièle Starenskyj, ont eux aussi, prouvé par lexpérience et leurs écrits incontournables, limportance indéniable des acides gras essentiels pour la bonne santé humaine.
Nous comprenons aujourdhui pourquoi il faut absolument éviter les pires gras suivants : les gras saturés, animaux en général surtout transformés (jambons, pâtés, saucisses) et les fritures, tous les gras trans, la margarine, le « shortening » et les pâtisseries commerciales en général. Ce sont des tueurs potentiels car ils épaississent la lymphe et le sang par leur triglycérides, bouchent les artères par le mauvais cholestérol et contiennent souvent des additifs ou résidus cancérigènes (érythrobates, sulfites, nitrates et BPC).
Par contre, il faut absolument consommer de bons gras dits essentiels, car notre corps ne peut les fabriquer par lui-même. La plupart sont des acides gras à longue chaîne, mono ou polyinsaturés, dont surtout les fameux omega 3-6-9. Les omega 3 se retrouvent dans lacide alpha-linolénique, présents dans les graines de citrouille et de lin et les noix de Grenoble mais il y en a même dans les légumes verts sous formes de phytostérols. Les sources les plus considérables sont, par contre, les poissons des mers froides, particulièrement les sardines, les anchois, les maquereaux et les harengs dont on a isolé les principes actifs essentiels en gélules concentrées aux multiples indications : lEPA ( acide eicosapentaénoïque) et le DHA ( acide docosahexanéoïque, ouf !). Ce sont les clés de la remarquable santé cardiovasculaire des Esquimaux. Par la production de bonnes prostaglandines 3 (PGe 3), les fameux omega 3, non seulement nous évitent les caillots et protègent les artères, mais nourrissent aussi notre matière grise cérébrale constituée à 60% dacides gras essentiels, ainsi que tout lensemble du système nerveux et même glandulaire, sans oublier le système immunitaire. Les spécialistes conseillent une moyenne de 2 grammes ou 2 000 mg domega 3 par jour par adulte, car cest de ceux-ci dont nous sommes les plus carencés en Amérique du nord.
Les oméga 6 sont les plus faciles à trouver dans notre diète habituelle et sont même jusquà 10 dix fois trop élevés par rapport à notre ratio domega 3 (la norme idéale serait de 1 omega 3 pour 2 omega 6), comme laffirment la plupart des spécialistes de la question. Effectivement, lacide arachidonique est présent dans les arachides, les laitages et les ufs. Le deuxième, lomega 6 qui est aussi le plus répandu est lacide linoléique présent dans les volailles, les légumineuses mais aussi dans beaucoup de graines, leurs huiles (canola, carthame, sésame) et de céréales. Le troisième, le plus bénéfique et plus rare des oméga 6, est lacide gamma-linolénique, très concentré dans lhuile de bourrache, donagre et de son de riz sans oublier la spiruline et le lait maternel (ce qui explique le Qi, le meilleur système immunitaire et poids plus élevé chez les bébés allaités). Tous les oméga 6, sils sont de bonne source et surtout le dernier, donnent des PGe 1 qui protègent les artères et les articulations, renforcent lorganisme en général mais surtout le système glandulaire, féminin en particulier. Toutefois un excès domega 6 de source animale ou de gras chimifiés peut même provoquer des crises dasthme, darthrite et des caillots sanguins. Il faut aussi être particulièrement prudent avec la prise de suppléments dacides gras essentiels, quels quils soient, quand on est sous traitement aux anticoagulants et, avant den prendre en haute dose, consultez un thérapeute avisé.
Les omega 9, quant à eux se retrouvent surtout dans lhuile dolive pressée à froid et certifiée biologique, qui a les effets bénéfiques suivants: hydratante de la peau et des muqueuses, cholagogue et cholérétique (bonne pour le foie et la vésicule biliaire), immunostimulante et légèrement laxative.
À linstar dune huile de qualité régulièrement renouvelée dans notre moteur dauto, les bons gras sont nécessaires à la lubrification de toute notre tuyauterie interne, des muqueuses aux artères, du cerveau aux filages fins que sont les nerfs, sans oublier ces chers systèmes digestifs et glandulaires !
En espérant avoir éclairci votre lanterne sur ce sujet fort complexe, sachez que comme en toute chose, la modération a bien meilleur goût, mais la redécouverte des acides gras essentiels et de leurs multiples bienfaits, arrive comme un baume bienvenu contre nos maladies de civilisation, dues à nos carences autant quà nos excès.
« Qui veut voyager loin doit ménager sa monture » Jean Racine les PlaideursRéférences complémentaires :
- LE MAL DU GRAS, Danièle Starenskyj, Édition Orion, 1997
- GUIDE DES BONS GRAS, Renée Frappier et Danielle Gosselin, Édition Maxam, 1999
- Tous les livres sur les Omegas 3 de Barry Sears, Édition de lHomme
- GUÉRIR de David Servan-Schreiber, Édition Robert Laffont, 2003
- OMEGA-3 de Lise-Andrée Audette, Édition Édimag
Anny Schneider
Auteure, Herboriste et Naturothérapeute


